Discours éternellement rabâché, la vie privée est cours de tous les débats touchants à Internet. En réalité ce faux débat est en place depuis la nuit des temps. Cet article à été rédigé pour permettre le débat autour de ce sujet, et pourquoi pas organiser une table ronde.

Pour commencer cet article, je commencerai par citer le PDG de Sun lors d’une allocution en 1999 :

De toute façon, vous n’avez plus de vie privée. Il faut vous y faire.

Il est habituel de parler de la vie privée comme de l’ensemble des informations que nous ne souhaitons pas divulguer. S’en est une définition correcte. Demandez donc à vos amis, à votre famille, à vos collègues, … Quelle est leur définition de la vie privée ?

À l’arrivée d’un nouveau canal de diffusion de l’information, il est courant de le mettre en pièce (ou d’essayer) car il s’agit de l’inconnu.

L’inconnu fait peur, c’est bien connu.

Pensez à Gutemberg et sa machine infernale, il a apporté au monde une connaissance qui ne se diffuse plus grâce au bouche à oreille ni par le travail des recopistes. Il a prit le pouvoir et la décision de mettre à disposition un dispositif permettant de dupliquer facilement les connaissances sous forme de livre finis et fiables.

Pour les penseurs de l’époque, il était alors possible de prendre encore plus de compétences et de savoirs via la lecture. Celle-ci était certifiée conforme à la pensée de l’auteur. Au lieu de parcourir de longues distances pour en parler avec lui directement (s’il était encore en vie), il était possible de s’instruire directement dans son foyer.

L’arrivée de la radio à été un calvaire pour la télévision qui l’a (encore) comparée avec l’ennemi. Ne parlons même pas de la guerre entre la presse papier et la presse numérique.

Le web à permis de mettre en commun une masse de connaissance de plus en plus accrue et pointue. Prenez l’exemple de Wikipédia et de ses contributeurs bénévoles. À une autre échelle, prenez Locita auquel je participe sans ROI direct sur les articles (tout comme les autres rédacteurs!). L’action collective et bénévole est désormais facilitée et est partagée l’échelle mondiale.

Si nous reprenons la définition de la vie privée citée plus haut, nous la considérons comme notre jardin privé. Nous n’allons donc pas en parler en public, le web est un espace public, nous devons donc mesurer nos propos.

Ce ne sont pas les outils qui sont à brider, ils ont tous des options permettant de restreindre le niveau de diffusion de l’information. La bride doit être mise en place bien avant.

Il faut désormais éduquer le public utilisant ces outils, c’est là que se trouve la réelle difficulté. Il est certes plus simple de réduire les fonctionnalités que d’essayer d’emmener vers le haut la population accro à ces outils. Pourtant, il s’avère que le débat devrait se tourner vers ce public et non vers les sociétés éditrices des solutions incriminées.

Il y a un rôle important à jouer dans l’éducation au bon sens numérique, mais peu de monde pour le tenir.

Un sujet qui a fait débat durant les interventions en université est celui du « permis d’utiliser Internet ». Sous sa forme brute, l’idée peut faire peur – c’est l’inconnu qui dérange les habitudes.

Tout comme le permis de conduire, vous devez être en possession de toutes les indications vous permettant de vous protéger du bolide que vous avez sous les doigts. Le parallèle n’est pas choisi au hasard.

Le secteur de l’automobile fait parti des métaphores que j’utilise régulièrement. Vous pouvez acheter et conduire sans permis, sans autorisation ni formation. Ce n’est pas impossible. Simplement interdit par un ensemble de lois misent en place pour vous protéger (et protéger les autres usagers).

L’aspect qui serai à craindre, dans un monde mettant en place un permis du web, est celui d’un contrôle systématique des actions des utilisateurs. Je ne souhaite pas proposer une surveillance type Big Brother, mais plutôt un maintient du savoir être et savoir utiliser l’Internet.

Ce maintien des connaissances doit commencer au plus tôt, les digital natives naissent avec un clavier (ou un smart phone) entre les mains. Mais pourquoi donc sont ils autorisés à mal s’en servir ? Peut être parce que personne n’a pris le temps de démontrer les aspects négatifs et dangereux des outils.

La stigmatisation du web comme le mal absolu est également fréquent chez les défenseurs de la vie privée.

De façon agressive, ils démontrent que l’ignorance est la plus belle des armes. Nous devons prendre collectivement des décisions. Ce qui implique un partage de la connaissance et la mise en place d’un étalon commun concernant ce qu’est la vie privée.

C’est bien nécessaire puisque la profusion d’informations est également un bien de grande valeur. Le partage de la connaissance est un acte quasi-sacré. Il permet de faire avancer nos connaissances personnelles mais aussi collectives.

Ayons une pensée pour ces étudiants faisant leurs recherches sur Wikipédia et les encyclopédies collaboratives, ou même une autre pour la médecine qui peut faire des bons en avant en mettant en commun des résultats d’analyses. En globalisant et analysant ces ensembles de données, puis en les recoupants, nous pouvons créer un ensemble d’informations viables et utiles pour tous.

Internet est un droit, il doit également être un devoir.

J’ai un souvenir ému de la netiquette, trop peu souvent mise en avant, nous en souffrons maintenant. A ce propos, j’avais fait le test avec quelques étudiants. Bien peu savait de quoi il s’agissait, est-ce que la politesse en ligne est passée de mode ? 😉

Cette question mérite que nous nous attardions ensemble sur l’ensemble des tenants et aboutissants. Et si on organisait une table ronde à ce sujet ? Ou un ouvrage collectif ? Je suis preneur de toute motivation pour faire avancer ce tournant de notre actualité.

Alors, on fait quoi pour notre vie privée de demain ?

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